La transposition française de la directive européenne sur la transparence des salaires entre dans sa phase concrète en 2026. Le ministre du Travail a confirmé un calendrier parlementaire : examen du projet de loi avant l’été 2026 et adoption visée en septembre 2026. Ce calendrier laisse toutefois planer un doute sur le respect de l’échéance européenne du 7 juin 2026, date limite de transposition fixée par la directive 2023/970.
Dans ce guide, découvrez le calendrier officiel du projet de loi français, les obligations applicables dès la transposition, l’articulation avec la directive européenne 2023/970 et les conseils pour anticiper malgré l’incertitude.
#Rappel : la directive européenne 2023/970
#Adoption et finalité
La directive 2023/970 du Parlement européen et du Conseil, adoptée le 10 mai 2023, vise à :
- Renforcer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes
- Améliorer la transparence des rémunérations
- Créer un droit à l’information pour les salariés
- Imposer un reporting aux entreprises sur les écarts salariaux
#Échéance de transposition
La date limite de transposition dans le droit national des États membres est fixée au 7 juin 2026. Passée cette date, les règles de la directive s’appliqueront même en l’absence de loi nationale (effet direct pour certaines dispositions).
Pour un panorama complet des obligations prévues par la directive, consultez notre article dédié à la directive transparence 2023/970.
#Calendrier parlementaire français
#État actuel (avril 2026)
À la date du 21 avril 2026, le projet de loi de transposition n’a pas encore été déposé au Parlement. Le retard s’explique par :
- La complexité des débats sociaux sous-jacents
- Les arbitrages interministériels en cours
- La priorité donnée à d’autres textes budgétaires
#Calendrier annoncé par le ministre du Travail
Lors de plusieurs interventions publiques début 2026, le ministre du Travail a précisé le calendrier prévisionnel :
| Étape | Date visée |
|---|---|
| Dépôt du projet de loi | Printemps 2026 |
| Premier examen à l’Assemblée nationale | Avant l’été 2026 |
| Examen au Sénat | Été-rentrée 2026 |
| Adoption définitive | Septembre 2026 au plus tard |
#Risque de dépassement de l’échéance UE
Le calendrier visé place l’adoption après le 7 juin 2026, date butoir européenne. Cela signifie :
- Un risque de procédure d’infraction ouverte par la Commission européenne
- L’effet direct de certaines dispositions de la directive applicable même sans loi
- Une insécurité juridique pour les entreprises entre le 7 juin et la date d’adoption
#Ce que contiendra le projet de loi
#Obligations attendues
Sur la base de la directive UE, le projet de loi français devrait transposer les obligations suivantes :
#Lors du recrutement
- Affichage obligatoire de la rémunération ou fourchette salariale dans les offres d’emploi
- Interdiction de demander aux candidats leur historique salarial
- Information du candidat sur la grille de classification de l’entreprise
#Droit à l’information des salariés
- Accès, sur demande écrite, aux niveaux moyens de rémunération ventilés par sexe
- Comparaison pour des postes équivalents ou de valeur comparable
- Obligation de répondre dans un délai raisonnable (2 mois prévus par la directive)
#Reporting obligatoire
| Effectif | Fréquence | Contenu |
|---|---|---|
| 250 salariés et plus | Annuel | Écarts F/H par catégorie + détail |
| 150 à 249 salariés | Tous les 3 ans | Idem |
| 100 à 149 salariés | Tous les 3 ans (dès 2031) | Idem |
#Obligation de correction
Si un écart de rémunération supérieur à 5 % est constaté et qu’il n’est pas objectivement justifié, l’employeur devra :
- Corriger l’écart dans un délai raisonnable
- Publier un plan de correction
- Fournir une évaluation conjointe avec les représentants du personnel
#Renversement de la charge de la preuve
Point majeur de la directive : la charge de la preuve est inversée. En cas de litige sur une discrimination salariale, il appartiendra à l’employeur de justifier objectivement l’écart constaté, et non plus au salarié de prouver la discrimination.
#Sanctions prévues
La directive impose aux États de prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Le projet de loi français devrait prévoir :
- Amendes administratives proportionnelles à la masse salariale
- Sanctions forfaitaires graduées selon la gravité du manquement
- Possibilité de référé prud’homal pour le salarié
#Comment anticiper en 2026 malgré l’incertitude
#1. Cartographier ses grilles de rémunération
Avant toute obligation légale, il est utile de :
- Inventorier les grilles de salaire par poste et classification
- Identifier les écarts existants F/H par catégorie
- Documenter les critères d’évolution (ancienneté, performance, marché)
#2. Mettre à jour les offres d’emploi
Même sans loi, des entreprises commencent déjà à :
- Afficher une fourchette salariale dans leurs annonces
- Éviter la question “Quelle était votre rémunération précédente ?”
- Communiquer la politique de rémunération aux candidats
Cette pratique devient un avantage concurrentiel pour attirer les talents.
#3. Renforcer l’Index égalité
L’Index égalité, déjà obligatoire en France depuis 2019, constitue une base utile pour la future transparence. Améliorer son score, notamment sur l’indicateur d’écart de rémunération, prépare l’entreprise aux exigences à venir.
#4. Sensibiliser le management
Les décisions individuelles (embauches, augmentations, primes) sont la source principale d’écarts. Former les managers à :
- L’objectivation des décisions salariales
- La traçabilité des critères de décision
- L’évaluation équitable des performances
#5. Automatiser la collecte de données
Pour répondre rapidement aux demandes d’information des salariés (futures obligations), il est crucial de disposer d’un système RH capable d’extraire :
- Les rémunérations moyennes par catégorie et par sexe
- Les évolutions sur plusieurs années
- Les comparatifs intra-entreprise
QuickPaie Business intègre des modules de reporting RH permettant d’anticiper ces obligations et de générer les extractions nécessaires.
#Articulation avec les autres dispositifs
#Index égalité professionnelle
L’Index égalité restera en vigueur parallèlement à la transparence salariale. Les deux dispositifs se renforcent mutuellement :
- L’Index mesure les écarts globaux via 4-5 indicateurs
- La transparence impose des obligations préventives et individualisées
#Loi Rixain (30 % cadres dirigeants)
L’obligation de représentation équilibrée dans les instances dirigeantes, introduite par la loi Rixain et applicable depuis le 1er mars 2026, complète la transparence salariale en s’attaquant aux écarts au sommet de la hiérarchie.
#Obligation de négociation annuelle (NAO)
Les entreprises soumises à l’obligation de NAO devront intégrer les données de transparence dans leurs négociations sur l’égalité F/H.
#Que faire pendant la période de transition ?
#Du 7 juin au vote de la loi
Pendant cette période d’insécurité juridique :
- Les dispositions suffisamment précises de la directive peuvent s’appliquer directement (effet direct)
- Les tribunaux nationaux peuvent interpréter le droit français à la lumière de la directive
- Les risques de contentieux augmentent, notamment sur les embauches sans fourchette salariale
#Recommandation
Les entreprises ont tout intérêt à commencer à appliquer les principes de la directive dès avant la loi française, plutôt que d’attendre le cadre juridique définitif. Les coûts de non-conformité potentielle dépassent ceux de la mise en conformité anticipée.
#FAQ : Questions fréquentes
#Quand le projet de loi français sur la transparence des salaires sera-t-il adopté ?
Le calendrier annoncé par le ministre du Travail vise une adoption en septembre 2026, après un examen à l’Assemblée avant l’été 2026.
#Que se passe-t-il si la France ne respecte pas l’échéance UE du 7 juin 2026 ?
La Commission européenne peut ouvrir une procédure d’infraction. Certaines dispositions de la directive peuvent s’appliquer directement (effet direct) même en l’absence de loi nationale.
#Mon entreprise fait moins de 100 salariés : suis-je concerné ?
Les obligations de reporting ne concerneront initialement que les entreprises de 100+ salariés. En revanche, les obligations en matière de recrutement et de droit à l’information s’appliquent à toutes les entreprises.
#L’Index égalité va-t-il disparaître ?
Non. L’Index égalité restera en vigueur parallèlement. Les deux dispositifs se complètent.
#Dois-je déjà afficher les salaires dans mes offres d’emploi ?
Pas encore d’obligation légale en France à la date d’avril 2026, mais c’est une bonne pratique à adopter. De plus en plus d’entreprises le font pour attirer les talents et se préparer à la loi.
#Que se passe-t-il si je ne corrige pas un écart supérieur à 5 % ?
Les sanctions exactes seront fixées par le projet de loi français. La directive UE impose des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Une amende administrative proportionnelle à la masse salariale est attendue.
#Conclusion
Le projet de loi français sur la transparence des salaires constitue l’une des grandes réformes sociales de 2026. Malgré le calendrier parlementaire annoncé (adoption visée en septembre 2026), les entreprises doivent anticiper dès maintenant pour se conformer aux principes de la directive UE qui pourraient s’appliquer dès le 7 juin 2026.
L’anticipation repose sur :
- La cartographie des grilles salariales
- L’affichage des rémunérations dans les offres d’emploi
- Le renforcement de l’Index égalité
- La sensibilisation du management
- L’automatisation du reporting RH
Pour accompagner cette transition, QuickPaie Business propose un module RH complet intégrant la gestion des rémunérations, les reportings automatisés et les extractions demandées par la directive.